Arrivée d’ une nouvelle esclave
Ce jeune officier, perdu au milieu des champs et logé dans une maison rudimentaire, a une mission à accomplir, comme à chaque arrivée d’ un bateau qui va accoster.
A quelques centaines de kilomètres au Nord de la Nouvelle Orléans, cet officier, Alexandre de Clouet, de vieille noblesse Française mais au bout du nouveau monde, est responsable de la paroisse de « Attakapas et Opelousas », et installé sur place depuis quatre ou cinq ans. La paroisse est un mot local, encore utilisé aujourd’hui (« parish » ) , pour signifier une région administrative en Louisiane.
Alexandre de Clouet doit enregistrer tous les mouvements de population, y compris les esclaves. Et il va donc noter l’arrivée d’ une petite fille, juste achetée au marché aux esclaves. Elle a été débarquée d’un bateau venu d’ Afrique [1] et s’ appelle Javotte, ce que Alexandre consigne dans son registre. Même esclave, même sans documents ni papiers, il faut définir et nommer « la chose ». Elle s‘appelle Javotte.
Elle a du naître entre 1735 et 1740. Les historiens pensent que les esclaves proviennent, en majorité du golfe de Guinée. Son prénom n’est pas unique, on trouve d’ autres « Javon », et le bateau que Jean Soulié utilisera s’appellera le « Javon ». Simple hasard ?
Un colon français dont le nom reste incertain (Meuillion ?), achète au marché aux esclaves la petite Javotte pour la revendre à Ferdinand Lioteau. Ferdinand et sa femme, Marie Louise Constant, décident de revendre Javotte à l’ âge de la puberté, dès qu’elle a 12 ans. Quelques années après , sans doute vers 1750-1755, naît une fille, qu ‘ils revendent à un planteur, dont la famille est établie depuis plus de 40 ans environ. Il s’ appelle François Cheval.
Sans connaître les détails, Javotte rapidement donne naissance à une petite fille que l’on va rapidement appeler, selon certains documents, « Luida Emerita ». Le premier prénom a sans doute été mal transcrit : Emerita signifie sage, méritante, compétente…. Il s’ agit certainement d’une petite fille à peine adolescente qui va devenir mère, grand-mère, et notre aïeule…
Dès que Luisa (ou Luida ?) Emerita a 12 ans, François Cheval, émancipe » Luida Emerita », qui devient ainsi l’une des premières filles de couleur libres de Louisiane. L’émancipation est , depuis 1760, environ, la sortie du statut d’ esclave, pour passer au statut « émancipée ». Il suffit que le propriétaire paie et que l’ on enregistre ce nouveau statut. On dira plus tard « femme de couleur ».
Luisa va pouvoir recevoir, avec leur accord, le nom de ses parents adoptifs (ou génétiques ?).
Elle a beaucoup de chance, c’ est l’une des premières esclaves ayant « reçu » l’émancipation. Louison comme la Louisiane, et Cheval, comme son père adoptif ou père génétique, François Cheval. Cette origine semble la plus vraisemblable. Mais on ne sait pas avec certitude la motivation de Ferdinand et Marie-Louise Constant. Elle est très probablement accompagnée de son frère, Paul et sa sœur, Marguerite. Sans doute des prénoms d’emprunt ?
Deux mois après, Marie-Louise Josephe Constant lui vend aussi Paul, le jumeau de Louison, mulâtre créole, 20 ans aussi. On trouve enfin une autre sœur, Marguerite. Louison paiera plus tard le montant nécessaire pour l’émanciper :Louison, Paul et Marguerite sont de la même fratrie. Louison Cheval est de couleur (25 ou 50%, puisque on ne connaît pas les origines de Javotte en Guinée…). Louison Cheval grandit chez ses parents. Oublions la pendant quelques années, Elle a certainement un très fort magnétisme nous la retrouverons vers 1767.
[1] Leur langue Africaine indique, pour les esclaves, l’origine du golfe de Guinée.