Norbert émancipe ses esclaves
Mais, assez vite, les esclaves des villes obtiennent leur liberté, il leur suffit, en théorie, de la racheter. Certains frères Soulié continuent à utiliser cette forme de « main d’ œuvre gratuite » dans un mode de coexistence, pendant que, dans la même famille, on parle déjà de les émanciper. Le cas de Norbert Soulié est d’ailleurs l’un des premiers à demander officiellement l’émancipation de certains esclaves, comme l’exemple de Charles pour qui il laisse une somme pour sa liberté et son éducation, alors que les frères utilisent toujours des esclaves. Un point est quasi certain, c’ est que , de façon régulière, la loi évolue, et on ne peut pas généraliser un récit sur la base de quelques exemples.
Et puis, les esclaves aussi. La grande majorité (on parle de 90 % de la population totale !) aura une vie très difficile, dans les plantations. De coton, de sucre, etc. Leur condition de voyage sont épouvantables, surtout s’ils ont traversé l’ Atlantique. Le taux de mortalité en mer peut dépasser 50% . Dans certains cas, ce seront des esclaves transportés depuis différents pays d’ Amérique.
Les conditions de travail dans les plantations sont très difficiles. Les États ont une spécialité, en raison du sol, du climat. A la Virginie, le tabac. A la Louisiane, le coton et le sucre. L’indigo, n’a que peu d’ importance.
On considère que le nombre d’esclaves ayant travaillé dans le coton a été de l’ordre de plusieurs centaines de milliers, y compris les femmes et enfants. D’autant plus que l’on arrive plus tard à « égrener » le coton avec des machines rudimentaires.
1800-1860 Free People of color
La démographie, les migrations et l’évolution du droit vont permettre, pour ne pas dire « favoriser », l’éclosion d’ une nouvelle catégorie de personnes, les gens libres de couleur (free people of color), et cette catégorie existera jusque à la guerre de Sécession.
Cette nouvelle catégorie a pour origine le changement de régime et de culture. Les Français, avec le Code Colbert de 1685, légèrement modifié sous Louis XV, ont établi un code extrêmement dur, qui ne connaît que deux catégories principales. Il faudrait compter également avec les Indiens, dont l’importance diminue très rapidement, n’ont « aucun statut » entre les guerres, les représailles, sauf, probablement, une impossibilité de se défendre et se développer dans un monde « Occidental ». Lorsque les Espagnols ont stabilisé leur pouvoir, notamment avec le gouvernement de Carondelet qui remplace « O’Reilly le sanguinaire », la règle s’assouplit pour ceux qui savent comment s’ en accommoder . Les Espagnols utilisent en effet le code utilisé dans d’ autres colonies espagnoles, les « siete Partidas ». Avec ce code, le commerce des esclaves existe toujours, avec autant de dureté, notamment dans les exploitations agricoles, mais le code ouvre plusieurs espaces de liberté dans lesquels ils vont s’ engouffrer, pour plusieurs raisons. La première est le déséquilibre entre hommes et femmes : on compte 150 à 170 hommes pour 100 femmes. Berquin-Duvallon commente d’ailleurs ce déséquilibre.
La seconde opportunité pour les « free people of color » est que le Maître de l’esclave peut l’émanciper, par document officiel, selon ses propres conditions. Au début, les émancipations ou « don de la liberté » sont limitées, les familles que nous analysons les considèrent comme des humains qui leur appartiennent. Les esclaves noirs ont été baptisés, mais appartiennent toujours à une personne physique de « race blanche ». Ils ne sont pas « enterrés à la va-vite sous un tumulus de terre », mais sont enterrés selon le rite catholique, avec de vraies obsèques . (Voir journal de Bernard Soulié)
Qui sont-ils ? On trouve d’ anciens esclaves qui ont été émancipés par leur maîtres, blancs, immigrés divers , ou bien qui ont pu acheter leur liberté. L’ émancipation est parfois le résultat de bonne conduite, le résultat d’une prise de conscience du maître de l’ancien esclave, etc. Dans d’ autres cas, c’ est le maître qui, dans son testament, donne, à travers son testament, la liberté à son esclave , quelquefois parce que il/elle n’a pas su comment émanciper son esclave. On a parfois cru que le maître voulait garder l’esclave sous sa propre responsabilité. Mais on voit aussi son souhait de le garder dans la famille pour sécuriser l’avenir de l’esclave, à qui le testament peut laisser un pécule.
Les blancs, immigrants nouveaux arrivés, à la recherche d’ une nouvelle vie, ne trouvent pas de compagne blanche et vont décider donc se mettre en ménage avec une métisse (au sens large, voir plus loin). Des métisses qui viennent souvent des colonies voisines (Antilles, Cuba, Saint-Domingue, Jamaïque), francophones ou hispanophones, et ayant déjà obtenu un statut de gens de couleur libres, ou « affranchis.». Blancs et métis ont l’interdiction juridique de se marier, depuis le premier code noir (code Colbert pour le français en 1685) jusqu’au milieu du XX ème siècle .