Elle vit encore, côte à côte avec les établissements les plus douteux, cette vieille noblesse de la Louisiane. Dans de petits hôtels particuliers, aux fenêtres bien closes, vivent les descendants des premiers colons de la Nouvelle-France, ces enthousiastes naïfs qui se laissèrent prendre aux promesses mensongères de la compagnie du Mississippi. Ils étaient venus ramasser « les perles et les cailloux d’or » qui abondaient dans les prospectus de la compagnie. Naturellement, ils n’avaient trouvé ni or ni perles, mais certains avaient réussi à bâtir une fortune dans le commerce de la culture du coton et de la canne à sucre.
Le pari des exilés
Pour ces exilés, le vieux carré de la Nouvelle-Orléans avait dû vraiment être le pari du nouveau monde. Ils y venaient faire leurs emplettes ; Ils y venaient faire la fête. Quelques-uns s’y fixèrent définitivement. C’est dans ce le French quarter que leurs descendants s’obstinent encore à habiter, entourés de souvenirs lointains qui leur sont chers.
La Nouvelle-Orléans, tout ce qui est bon, raffiné, élégant est Créole ! Ce terme est encore employé en opposition avec le terme méricain (américain) qui englobe tout ce qui est grossier, brutal, répréhensible…Le bon pain est créole ; le bon vin est créole ; une jolie robe est créole, le bon Dieu est créole… De la mauvaise huile, de l’aigre piquette, un chapeau mal tourné ? Le diable lui-même est méricain…
Les duels
Les duels ont fait partie des traditions. La ville a enregistré plus de duels singuliers à l’ épée que dans tout le reste de l’ Amérique du Nord. Quels duellistes que ces indolents créoles ! La Nouvelle-Orléans a été longtemps le paradis des maîtres d’armes. Pour un oui, pour un non, parfois pour rien du tout, on dégainait l’ épée et l’on tombait en garde. Pendant un siècle, le duel fut le sport favori de la jeunesse bien née. L’ arme était le plus souvent la « colichemarde », une épée très meurtrière.
Tout pouvait être l’occasion d’un duel, comme un simple commentaire au cours d’ un bal, un choix de danse ne convenant pas. L’un des hommes célèbres de Louisiane, Bernard de Marigny, excellent duelliste, aurait ainsi participé à 19 duels avec succès. On raconte aussi le cas particulier de Don Jose » ou Pepe »Llulla, qui possédait même un petit cimetière privé pour inhumer ses victimes. Les duels ont été interdits en 1855, mais ont probablement continué « sous le manteau » vers 1880.
Les créoles affectaient alors d’éviter tout contact avec ces rustres qui étaient descendus sur la Louisiane, après son acquisition par les États-Unis, Ils ne voulaient même pas croiser le fer avec eux. Jamais un gentleman créole n’aurait consenti à se battre avec un « Méricain ». Autant lui demander de se battre avec un nègre…Le jeu était un autre passe-temps de la bonne société créole. Mais il n’a jamais passé de mode et il continue de fleurir en Louisiane. C’est le sport d’intérieur universel… »