Dolliole comme les Soulié savent alors où sécuriser l’argent encaissé, et passer à la transaction suivante.
Dans la seconde période, la crise est arrivée à partir de 1837, et on voit , dans les « ledgers » autant de travaux d’ entretien et de réparations que de gestion patrimoniale. Lucien est rentré en France et reste assez passif, Norbert est à l’affût de bonnes spéculations immobilières, et sans doute de terrains, Bernard, aux commandes, avec quelques comptables à la Nouvelle Orléans … les livres de comptes , autrefois en Français, passent à l’ anglais, avec Albin comme comptable en France.
Norbert continue ses investissements, a acheté de grandes parcelles de terrain et l’on a trouvé, longtemps après sa mort, des annonces dans la presse locale qui mentionnent la recherche des héritiers de Norbert Soulié… La dernière recherche d’héritiers annoncée dans la presse locale a lieu en 1947 ! Bernard travaille avec de bons avocats (Seghers, père ou fils etc.) pour récupérer ses créances. Les courriers écrits par Bernard en 1843 à ses frères et sœur sont éloquents et méritent d’être lus. De même, l’affaire de la plantation, avec Mr Becnel, une transaction en hommes bien élevés.
Les descendants de Louison Cheval forment un clan très soudé. Bernard et sa famille restent proches des branches Rillieux, Courcelle, Saint-Amand, Sindos, Liotau et plusieurs autres. A chaque naissance, les parrains et marraines se choisissent dans la famille, et les quelques exceptions ne sont pas le fait du hasard. On retrouvera tous les détails dans les arbres généalogiques divers documentés dans différentes bases de données. Mais il reste encore de nombreux doutes et interrogations, parfois compliqués à évoquer en l’absence de preuve formelle… De même, on ne peut mentionner tous ses amis, sauf quelques uns, que l ‘on a bien identifiés. Plusieurs seront en ménage avec une femme libre de couleur.
Le premier est Jean-Pierre Cazelar, propriétaire d ‘une plantation du côté d’ Alger, de l ‘autre côté du Mississippi, face au Vieux Carré. Cazelar vendra des terrains, mais pas à n’ importe qui, on le verra plus loin. Dominique Seghers, le notaire, mais dont la famille est établie depuis près d’ un siècle, participe aux décisions de famille et aux multiples actes de propriété.
Joseph Sauvinet fait partie des relations proches ; il est l ‘avocat du flibustier Jean Lafitte. On peut facilement imaginer que ce juriste, originaire de Bayonne, s’ est facilement entendu avec Lafitte, le Basque ! Pierre-Jean Ducongé est un ami de longue date, originaire d’ une famille de Cuba ; Bernard et Ducongé achètent ensemble une tombe au cimetière Lafayette. Sam Moss, est l ‘ami financier de Philadelphie, etc. De même, on retrouve souvent son nom comme exécuteur testamentaire, dans la famille, parents et alliés, jusque vers 1865.
Bernard a, évidemment, une force de caractère hors du commun, et les résultats le prouvent. Il a la chance d ‘avoir avec lui Albin, son frère, comptable, avec lequel il reste associé jusqu’à la mort de ce dernier. Travailleur, toujours sur le pont, il écrit, consulte, rencontre, évalue les situations.
Dans les archives familiales, Bernard écrit et commente à ses frères la situation du marché de l ‘immobilier en 1837, pourquoi il négocie une transaction avec Mr Becnel, propriétaire de la plantation Evergreen (voir plus loin). Mais il gère ses affaires, utilise le protêt pour sécuriser au mieux ses créances, et gagne ses procès, même contre des blancs (Azereto, Ranson, Mme Kennedy, Sarah Hall, John Williams, et une dizaine d’ autres.)
En ayant réussi à se marier officiellement comme blanc, Bernard croit avoir définitivement démontré à la face de la Nouvelle-Orléans qu ‘il est blanc … Cette situation lui permet de voyager librement, ainsi que sa femme, entrer et sortir librement des États-Unis, quand les autres de la fratrie resteront définitivement en France.
On ne sait rien de plus de sa jeunesse pour le moment. On le trouve en provenance de Vera Cruz en 1825. Puis, le 25 Décembre 1826, il arrive à nouveau sur le bateau « Felipe » ou « Felique » en provenance de Rio Grande. A partir de son mariage, son journal décrit son ascension progressive, de 1830 à 1880 environ. Il se trouve transcrit en intégralité au chapitre suivant.
Parmi nos surprises, celles de voir Bernard Soulié subventionner les confédérés (ceux du sud) dans la guerre contre « ceux du nord ». On peut supposer que Bernard Soulié était plus favorable au mode de vie du sud à celui du nord. A travers ses voyages, et compte tenu de sa réussite professionnelle, on voit qu’il peut mener grand train de vie. Mais aussi, comme mentionné par plusieurs sources, il voyage « comme un blanc », et sans jamais faire suivre son nom de « FMC », conformément à la loi.