Les crises financières de 1837

Les crises financières de 1837

Les crises financières en Louisiane

 

L’argent est rare, au sens que les échanges monétaires qui se passent à l’ époque font obligatoirement appel à des coupures de monnaie. Mais, depuis des années,  la confiance est probablement limitée.

Le billet « Dixie » n’a probablement que la valeur équivalente à une piastre puis à 10 Dollars, mais, avant la guerre de Sécession, le billet garde une certaine méfiance. Plusieurs voyageurs remarquent, par exemple, que les billets sont tellement rapiécés et sales qu ‘il vaut mieux ne pas les accepter.

Autre exemple,  le « counterfeit detector », de Mr Heath, en 1864, explique en détail comment détecter de faux billets.

 

Une première solution de remplacement à cette époque est l’établissement d’une reconnaissance de dette, ou lettre de change, qui crée un droit à paiement de la même valeur.  Mais est basée sur la confiance mutuelle. Difficulté majeure, la valeur peut baisser si la confiance diminue, et le Far West n’est pas de tout repos.

La meilleure solution est donc le billet protesté. Il s’agit d’ une lettre de change qui, dès défaut de paiement, passe sous la forme juridique du « billet protesté ». Les étudiants en comptabilité des années 1950 en France se souviennent des « protêts », des effets de commerce, un instrument de paiement négociable moyennant un certain pourcentage (escompte ou agio, ou) qui rémunère son porteur du risque pris.  En 1847, le pourcentage utilisé, en particulier par les Soulié est de 10% annuels, prorata temporis. Ce chiffre n’est absolument pas inventé, il suffit de consulter les « Soulie family ledgers » pour trouver des milliers d’écritures de « billets protestés ».

Quand Bernard et Albin Soulié écrivent à leur frère Norbert, en juin 1847, ils se plaignent du peu de qualité des billets à ordre qu’ils voient passer.

De même, plusieurs allusions à l’absence de billets de banque, « rareté de l’argent » . Il semble que cette crise de confiance soit, d’abord, limitée à certains États du Sud, dont la Louisiane. Une autre hypothèse serait l’automatisation des récoltes de coton (machine à égrener le coton) et de sucre (invention de Rillieux), au moment où les États du Nord s’industrialisent à grande vitesse : chemins de fer, bateaux à vapeur, machines industrielles, immigration en provenance d’ Europe.

Et enfin, les négociations suivant le problème du Compromis du Missouri font peser un doute sur l’avenir de l’ unité des États Unis.

Une autre crise affecte vers 1847 la société et banque des frères Lizardi en 1847. Elle référence à cette banque internationale , qui a des bureaux dans une dizaine de villes d’ Europe, mais aussi des États Unis et du Mexique. Après deux générations, le descendant Lizardi semble ne pas avoir le savoir faire pour sauver la banque. Mais on retrouve la famille Lizardi dans le négoce de matières premières, comme avec les Soulié (une commande de 120 tonnes de charbon en 1845). Il resterait à vérifier que ces mouvements financiers sont indépendants du conflit qui se prépare entre nord et sud ?

Ainsi, le loyer que la société B & A Soulié merchants encaisse rémunère autant le service rendu que le risque pris.

La lecture des comptes permet de mieux appréhender ce système financier. C’est donc une forme d’ escompte bancaire et sécurisée (un peu comme les lettres de crédit irrévocables et confirmées du XX ème siècle) que les Soulié mettent en place. Ce qui permet certainement de préfinancer de nouveaux investissements.

Mais il risque gros.  En cas de défaut de paiement, et il y en a de plus en plus, le papier n’a de valeur que celle qu’on pense obtenir. Il faut prendre un avocat, faire des mises en demeure, attendre une fois douze mois, ou deux fois, peut -être davantage, avant de procéder à une expulsion ou une vente aux enchères. Les Soulié sont nets et carrés, sauf quelquefois avec la tribu. Le risque existe aussi que la valeur de la vente soit très inférieure à la valeur de la créance. Ce qu’ils détaillent et négocient dans leurs courriers entre France et Louisiane. On remarque, évidement, que chaque courrier arrive au destinataire 4 ou 6 semaines plus-tard. Pas facile de