Alexandre de Clouet
A quelques centaines de kilomètres au Nord de la Nouvelle Orléans, un jeune officier, Alexandre de Clouet,([1]) est responsable de la paroisse de « Attakapas et Opelousas ». Il doit enregistrer tous les mouvements de population, y compris les esclaves. Nous avons beaucoup de chance d’ avoir retrouvé le recensement des mulâtres et nègres » enregistré en 1792, pour la catégorie « free people of color » au poste des « Opelousas ». Ils sont au nombre de 18.
Il va donc noter l’arrivée d’ une petite fille, achetée au marché aux esclaves. Elle a été débarquée d’un bateau venu d’ Afrique ([2]) et s’ appelle Javotte, ce que Alexandre consigne dans ses registres. Elle a du naître entre 1735 et 1740. Les historiens pensent que les esclaves proviennent, en majorité du golfe de Guinée.
Le recensement de 1732, dans une Louisiane encore française, a enregistré la présence de François Lioteau, natif de Bourgogne, avec une épouse, une enfant, un employé ; ils habitent Rue de Toulouse dans le Vieux Carré, un espace en forme approximative de grille rectangulaire, à proximité du fleuve, et qui n’existe que depuis une dizaine d’ années environ. Il est le fils de Jean-François Lioteau et, comme son épouse, ils sont tous les deux natifs de Dunkerque.
Le rachat de Javotte.
Un colon français dont le nom reste probablement inconnu, va acheter au marché aux esclaves la petite Javotte pour la revendre, dans des conditions inconnues, à Ferdinand Lioteau. Ferdinand et sa femme, Marie Louise Constant, décident de revendre Javotte à l’ âge de la puberté, dès qu’elle a 12 ans. Quelques années après , sans doute vers 1752-1755, naît une fille, qu ‘ils transfèrent à un planteur, François Cheval.
On appelle cette petite fille, dans certains documents, « Luida Emerita ». Il est probable , que son nom d’ esclave, Javotte, devient alors Luisa Emerita. Le premier prénom a sans doute été mal transcrit : Emerita signifie sage, méritante, compétente…. Il s’ agit certainement d’une petite fille à peine adolescente qui va devenir mère, grand-mère, aïeule d’une très longue descendance, dont Bernard Soulié et les deux Norbert Soulié, l’ architecte, et le contemporain !
L’ émancipation de Luida remerita.
Dès que Luisa (ou Luida ?) Emerita a 12 ans, François Cheval, émancipe » Luida Emerita ». Elle devient ainsi l’une des premières « femmes de couleur libres » de Louisiane ; elle va pouvoir prendre le nom de ses parents adoptifs (ou génétiques ?) : Louison comme la Louisiane, et Cheval, comme son père adoptif ou père génétique, François Cheval. Cette origine semble la plus vraisemblable. Mais on ne sait pas avec certitude la motivation de Ferdinand et Marie-Louise Constant. Elle est très probablement accompagnée de son frère, Paul et sa sœur, Marguerite. Sans doute des prénoms d’emprunt ?
Deux mois après, Marie-Louise Josephe Constant lui vend aussi Paul, le jumeau de Louison, mulâtre créole, 20 ans aussi. Louison paiera plus tard le montant nécessaire pour l’émanciper :Louison, Paul et leur sœur, Marguerite. Louison Cheval est de couleur (25 ou 50%, puisque on ne connaît pas les origines de Javotte en Guinée…).
Qu’importe, ses parents juridiques s’appellent désormais François Cheval et sa mère, probablement Marie Meuillion, épouse de François Cheval. Les Cheval sont originaires d’ Angers ; son père ou son frère, est probablement maçon. Cependant les dates et origines de Louison Cheval restent approximatives !
La seconde vague de migrants a lieu pendant la période espagnole, et fait venir des français chassés du Canada, appelés Cadiens, puis Acadiens, et maintenant Cajuns. L’ appellation des Cadiens vient des Acadiens, des habitants ayant cherché, et cru, trouver un paradis, l’ Acadie…Une vague de cultivateurs, éleveurs de bétail, etc., qui s’ est surtout installée dans les paroisses du nord de la Louisiane ‘la fameuse Acadiana » , même si, au fil des ans, certains sont arrivés à la Nouvelle-Orléans … qui leur a emprunté certaines traditions Acadiennes….
Louison Cheval grandit chez ses parents. Oublions la pendant quelques années, Elle a certainement un très fort magnétisme nous la retrouverons vers 1767.
([1]) Alexandre de Clouet, vieille noblesse Française, établi en Louisiane depuis 5 ans, dont on trouve la généalogie détaillée sur Internet
([2]) Leur langue Africaine indique, pour les esclaves, l’origine du golfe de Guinée.