Bernard Soulié, trois ans plus tard, se marie avec Élisa Sylvie Courcelle le 23 Janvier 1832 ; et il le note dans son cahier personnel. Il a environ 31 ans et Élisa en a environ 23. Mais Bernard oublie volontairement de préciser :Élisa est sa « demi-cousine germaine », la fille de Adelaïde Vivant et de Léon Courcelle, un courtier en coton, d ‘origine française (Meuse). Ils signent un contrat de mariage entre eux deux, enregistré chez Maître Seghers.
Bernard apporte un actif de 20.000$, dont 19.700 d ‘actifs professionnels et 300 $ = un demi-esclave partagé avec son frère Albin. Élisa apporte une esclave, Mary 16 ans valeur 600$, qui a été achetée à Madame Gottschalk (très probablement la famille du célèbre musicien Louisianais ), deux semaines avant. Quelques cousins directs sont présents, ainsi qu’un ami, franc-maçon notoire, Jean-Louis Mayronne. Sans doute une famille de Bordeaux. Le contrat de mariage avec séparation de biens a été signé le 19 Janvier 1832, chacun reste propriétaire de son esclave.
Plusieurs points du mariage méritent un commentaire. D’abord, il y a mariage et contrat de mariage, alors que la grande majorité des unions restent libres= sans mariage, parmi les FPC, ce que l’on peut constater dans la tribu des Vivant. Donc il cherche à se faire passer pour blanc.
Comment y arrive-t-il ? Voici la vraie explication . « Le contrat est signé à la résidence de Élisa à l’angle des rues Hevia et Carondelet. Les témoins au contrat de mariage sont François Pierre Ducongé et Vincent Rillieux, ce qui est intéressant à la lumière du fait que ses parents (= de Élisa ») sont vivants. Ils sont sur place, chez eux. S’ils sont chez eux, pourquoi ne signent-ils pas le contrat comme témoins »
Bernard évite ainsi, grâce à ces deux témoins blancs, toute trace de gens de couleur. CQFD ! Le contrat de mariage comprend une autre clause : les mariés annoncent leur intention de quitter ultérieurement la Louisiane pour revenir en France. Un point de détail, souvent oublié, et qui a deux explications possibles. La première hypothèse sur ce départ possible est la suivante : Bernard étant visionnaire et organisé, garde sous le coude la possibilité de se revendiquer français pour retourner en France. La deuxième hypothèse est que Bernard et Élisa sont nés Américains, dans l’ État de Louisiane. Pour pouvoir être à nouveau acceptés par une immigration en France (nous sommes en 1832), il a certainement raison de revendiquer cette intention pour être citoyen de France ou des Etats-Unis et ne plus rester citoyen de Louisiane, dans le contexte des free people of color.