La sécurisation du patrimoine représente un enjeu majeur pour Bernard Soulié. Son objectif reste de sécuriser le patrimoine qu ‘il a acquis.
En effet, il connaît parfaitement les limites, et ne prend que des moyens de locomotion sûrs quand il quitte la Nouvelle Orléans. On a fini par comprendre sa tactique.
Certainement, il a pu réussir en restant dans un métier que les FMC pouvaient librement exercer, le BTP et l ‘immobilier, et qu’ il n’ aurait pas pu exercer de métier strictement réservé aux blancs (avocat, notaire, etc.). Mais ce que démontre Tara Dudley, c’est que, pour des gens de couleur comme les Dolliole et les Soulié, il y a un risque juridique, c’ est que leur statut de FPC ne leur garantit pas de sécurité totale sur la propriété de leurs biens. Le nouveau code civil de Louisiane, publié en 1825, reste, à leurs yeux, ambigu.
Tara Dudley met en parallèle les garanties données par la naissance, et celles données par la propriété. Par la naissance, rien ne semble garanti. Ce qui veut dire qu’ hériter d’ un bien par héritage en direct ne semble pas la bonne option. Ce qu’ils préfèrent, c’est d’acquérir , avec acte notarié, un bien immobilier. Soit un terrain qui sera constructible, soit un terrain simple, en dehors de la Nouvelle-Orléans.
Par le biais des ventes et reventes, l’ acte de propriété devient alors une excellente garantie. Les Dolliole semblent choisir d’encaisser des simples loyers, et pensent à eux. Les Soulié, peut-être parce qu’ils sont plus nombreux, achètent, soit à titre individuel (Norbert les devance tous) , soit ensemble. Leurs cousins et beaux-frères achètent aussi sur leurs conseils, réalisent des travaux, revendent, etc. (Latorre, Rillieux, Courcelle, etc.)
Parfois, plus value, mais aussi des moins values à partir des années 1837. Bernard pilote, avec ses frères, la vente de tous leurs terrains. Quand la valeur du stock est de 220.000 Dollars, il ne faut pas oublier les opérations Annexes en France, pour un total, peut être de 300.000 Dollars, soit 20 à 60 Millions d’ euros en 2025, probablement 100 millions d’ Euros de 2025 si l’on comptabilise tous les terrains des Soulié, y compris quelques appartements déjà achetés pendant leurs nombreux allez retours en France (dont un hôtel particulier dans le XVI ème arrondissement que nous découvrirons plus loin).
Les banquiers de Louisiane l’ont catalogué comme le plus riche des gens de couleur de Louisiane. Il est évident que de nombreux blancs, qui ont été imprudents, ont beaucoup perdu. Alors que Bernard gère, avec ses avocats et notaires, la sortie de crise, avec plus de quinze procès, plusieurs cousins et amis et relations d’ affaires sont en faillite. Son ami François Pierre Ducongé est en difficulté.
Son alter ego, Drausin Barthelemy Macarty, a beaucoup de difficultés à se faire payer ; il a plus de 30 procès enregistrés( et également disponibles aux archives de Louisiane : Greenwood, Mumford, Perry, Petrement, Sel et al, Sullivan, Webb, Conner, Bourgon Widow : Daly, Leblanc, Daquin, Filkins, Mansfield… autant d’investisseurs qui se sont endetté et n’ont pas pu rembourser…
Drausin et Anne-Louise auront 3 ou 4 ? enfants, Laure, Amélie Léonide (1840-1881) et Clovis Macarty né vers 1850, dont on trouve la trace dans les archives de Judith Longest Bethea.
. Encore des milliers de pages comptables à analyser…. Le beau-père de Bernard, Léon Courcelle, est mort ruiné vers 1847. Il se cache de ses relations, étant en cessation de paiement. Il était négociant en coton, et la mécanisation du coton a provoqué sa perte, ce que Bernard évoque dans ses courriers de 1843.
Le patrimoine immobilier des Soulié est de l’ordre de 35 habitations dans le Vieux Carré, et quelques uns à Trémé. Les Dolliole en ont autant, peut-être un peu plus. Le coup de chance est que la Nouvelle-Orléans va accueillir plus de 50.000 personnes (blancs et FPC) dans les années 1810 à 1860, soit environ 5000 logements à 10 personnes par logement. Ce qui signifie que les Soulié et Dolliole ne participent qu’à moins de 2% des nouveaux logements de la Nouvelle-Orléans. Et qui signifie que de très nombreux investisseurs vont aussi profiter de cette frénésie immobilière.
Mais aussi de nombreux entrepreneurs et partenaires, que nous découvriront ici ou là.